Notre lettre 1171 publiée le 6 mars 2025
QUELLE EST LA FOI
D'UN ÉVÊQUE FRANÇAIS ?
CETTE ÉGLISE A-T-ELLE
UN FUTUR ?
UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE
Comment accéder au for interne de Sa Grandeur, si celle ci, pour nous épargner les conjectures les plus diverses, ne prend la parole publiquement, et livre au lecteur un regard réflexif sur sa propre personne ?
Il peut s’agir d’un plaidoyer pro domo, comme l’expose Mgr Barbarin en 2020, sous le titre « En mon âme et conscience », sous-titré « l’affaire, l’Église, la vérité d’un homme ». Et l’on découvre qu’un septuagénaire dévoile, entre les lignes, une immaturité stupéfiante vis à vis des réalités du monde. Pour un primat des Gaules, quel désastre ! Plus dure fut la chute, déjà échue.
Sous la forme d’une interview dans le journal de l’Indre-et-Loire, le 26 février dernier, l’archevêque de Tours brandit le goupillon à l’encontre des fidèles traditionalistes, dont le nombre en croissance l’inquiète. Ce n’est pas la désaffection d’un tiers de ses paroissiens lors du Covid qui l’alarme, mais son regain en milieu plus fidèle qu’il ne peut l’être lui-même, tant il est surveillé par son collège épiscopal. Deux grandes pages de « la Nouvelle République » exposent en quoi « l’isolement » de cette communauté préoccupe Mgr Jordy. A quand le sabre, pour protéger les victimes de la contagion, celle du sacré, et de la musique priante. Plus il y a de traditionalistes, c’est à dire de catholiques cohérents, plus le désamour de l’Ordinaire s’avive, et se répand dans une presse très suivie.
Malgré les mortifications imposées à la FSSP en activité à Tours, le catholicisme consciencieux progresse, là oû la médiocrité de l’offre des paroisses, notamment lors du black-out imposé, par la CEF, lors du Covid. Ce dernier a provoqué des transferts spontanés de fidèles qui, libres de leurs mouvements, ont trouvé qu’avec la fermeture des églises, la ligne rouge de la décence épiscopale avait été franchie. Depuis ce 26 février, les plus conciliants sont fixés. Les baptisés tourangeaux d’esprit traditionnel ne sont ni compris, ni aimés par leur évêque, plus séduit par Kafka, pour qui le succès de l’un se fait inéluctablement aux dépens de l’autre, que par l’esprit de paternité épiscopale. Dont acte.
En 2017, pour fêter ses dix années d’épiscopat, Mgr Stanislas Lalanne, qui fut évêque de Coutances puis de Pontoise, publia un livre intitulé « Un évêque se confie ». Il n’est plus qu’évêque émérite depuis 2023, année de ses 75 ans. Si l’on considère que ce « grand communiquant » fut, de 1999 à 2001, secrétaire général adjoint et porte parole de la CEF, puis, de 2001 à 2007, secrétaire général de la CEF, on peut former l’hypothèse point trop échevelée d’un côtoiement à peu près quotidien du corps épiscopal de l’époque. Son récit de 2017 ne fait apparaître aucune dissonance entre sa façon d’incarner l’épiscopat et celle de ses collègues français. Il n’est donc pas abusif de considérer Mgr Lalanne comme représentatif du paradigme épiscopal des deux premières décennies du troisième millénaire.
Dès 2009, Golias, séduit par le dynamisme et la belle prestance de l’évêque de Coutances, s’inquiète toutefois de son narcissisme assez peu dissimulé. Qu’est ce à dire en 2017 ? Mgr Lalanne en déplacement, c’est le Christ en personne qui christifie tous ceux qu’il côtoie, l’hyperbole affective inépuisable à la plume. Enseigne-t-il ? Gouverne-t-il ? Sanctifie-t-il ? Peut importe puisque lui-même se dit enrichi par toutes les rencontres humaines. Donc le Christ est content ? L’évêque a « fait le job » ?
Sur les 238 pages, composées d’anecdotes diverses, induites des rencontres multiples, il n’est pas question une seule fois de la Vie Éternelle. A la page 174, figure le mot paradis. Rassurez vous, c’est pour s’en moquer : avec le cardinal Vingt-Trois, il dénonce le dieu des assassins du Père Hamel, « un dieu de la mort, un Moloch qui se réjouirait de la mort de l’homme et qui promettrait le paradis à ceux qui tuent en l’invoquant ». De quelle religion les assassins se réclamaient-ils ? Motus, pas d’amalgame...On cherchera en vain toute allusion au démon, au purgatoire, à l’Enfer. Le Père Hamel admonesta ses agresseurs d’un « arrière, Satan ! » qu’il paya de sa vie. Quels maladroits que ce « Père Jacques » que Mgr remercie (de quoi?) et Notre Seigneur, qui a fini sur la Croix à force de provocations, n’est ce pas ? A cent lieues du martyre, ce frère universel mitré ne se connaît que des amis. Il suffit d’un peu de métier, voyons ! Le bonheur, c’est tous les jours, sur terre, un point c’est tout.
Notons que cet irénisme candide peut s’expliquer, en creux. En effet, il n’y a pas de traditionalistes pour lui chercher des pouilles, ni à Coutances (2007/2013), ni à Pontoise. Ou alors, il se garde de mentionner ces fâcheux, pour taire un désamour qui ferait mauvaise effet ; alors qu’il cherche à montrer que, sous sa houlette, tout diocèse devient idyllique. Il suffit qu’il en soit le démiurge. Mgr Lalanne sème la paix autour de lui. Toute religion confondue, embrassons nous ! Bref, la vie, et rien d’autre. Immanence à tous les étages !
Pour s’en tenir au livre, aucune ordination n’est mentionnée, aucun séminariste n’embarrasse sa mémoire, comme si la page était tournée. Il connaît nécessairement un certain Bruno Reppelin qui, dès 2016 s’intégrait au diocèse de Pontoise. Celui ci sera ordonné diacre en 2017, puis prêtre en 2018 par le frère évêque universel, non sans qu’un autre candidat ne jette l’éponge quelques jours avant. Par contre, il est souvent question des confirmands, dont l’évêque lit avec application les lettres de motivation. Il veut s’assurer qu’ils ont « une relation personnelle avec le Christ » et que « Dieu les aime tels qu’ils sont ». Car, dès qu’ils seront confirmés, il ne les reverra plus à la Messe.
A l’instar du Dieu de Descartes et de Spinoza, le Dieu de nos évêques ne nous demandera aucun compte de l’usage de nos talents. La rupture avec l’Évangile est patente. Il ne s’agit plus que d’être un artisan de paix, c’est à dire de taire la vérité révélée par le Christ crucifié et ressuscité, car cette vérité divise. Le Créateur n’est plus que l’auteur de lois universelles, qui garantit la pertinence de la raison qui les applique. L’amour, concept ayant disqualifié tout vocabulaire alternatif depuis les seventies, se fait moins impérieux. Il est vrai qu’il s’agit là d’une monnaie convertible en n’importe laquelle de ses variétés d’ici-bas.
C’est peu dire que Mgr Lalanne et Mgr Jordy n’ont cure, ni l’un ni l’autre, du Salut des âmes. Leur horizon est terrestre, et les traditionalistes sont les témoins de leur apostasie. Ils en rendront compte au Juste Juge, et là, comme dit Audiard, chacun d’eux et de leurs semblables « va avoir un réveil pénible », voire « se faire travailler en férocité », pour le gâchis qui leur est imputable.
Philippe de Labriolle
Psychiatre Honoraire des Hôpitaux